Bienvenue sur mon chemin: toutes ces notes et recherches illustrent mon processus de création artistique et mes petits secrets dévoilés en partie.
Si la peinture se "ressent" avant de s'expliquer,

les mots cheminent  parallèlement à la pulsion de faire, montrer et voir, comme une musique qui accompagne le peintre.

 

 16 juin 2018

La Canopée - 80 x 80 cm Tempera sur toile de lin 2018

 

Cela revient comme une petite musique de fond qui se balance au gré du vent.

Allez, j'y vais !

Un travail sur la mémoire à travers la trace, rectiligne, ligne d'horizon, j'en ai besoin.

On verra si les papiers s'incorporent comme une matrice, matière.

Noir et blanc, équilibre.

Là pas de papier , simplicité, recueillement devant la beauté.

Je pars sur une approche minimaliste.
Economie de moyens.

Que puis-je faire avec si peu ?

..Je commence par 2 couches de fond, je laisse sécher mais pas tout à fait.
A cette limite, entre la fin d'une étape et le commencement d'une autre.
Je balance d'abord le noir à l'aide d'une spatule souple, petite mais efficace.

Le  noir vient créer des effets, lames acérées dans le fond.
Le bateau tangue,

de haut en bas.

Je travaille les 2/3 du haut. je laisse le bas seul, respirer.

Le blanc arrive dans le fond encore frais...L'effet réconfortant d'un paysage neigeux est là.

Comme une boule chatoyante.
le noir cède sous l'ampleur et se mélange au blanc, donnant un gris pour les valeurs.

Du coup quand tout est là,  je m'amuse à portée de mains...

Je commence par revenir sur le dernier tiers à l'aide d'un petit pinceau spalter pointu, donnant ainsi par des petits mouvements d'aller et retour la base sur laquelle je vais appuyer la canopée chatoyante.

Je laisse sécher puis reviens sur le haut par des mouvements circulaires, des rosaces fines qui disparaitront en laissant un mouvement subtil et caché.

Le détail fait l'oeuvre même caché.

Après cette régularité dans le geste, je prends mon chiffon/papier pour tamponner de gauche à droite les valeurs.

J'y ajoute le jaune dans un premier temps, puis le bleu, et je tamponne.

Le vert surgit avec les superpositions. Toujours cette canopée douce et enveloppante.
Je garde le 3 ème tiers en rupture et ligne d'horizon basse, c'est la canopée qui domine.

Hésitation...Touche de rouge en ligne suspension d'une légèreté ...

Une pointe blanche qui s'étire pour venir sur le bord.

Le noir franc donnera le dernier mot à ce 3 ème tiers.

La Canopée s'appuit sur le noir et blanc, une frange rouge reste dans l'espace entre les deux.

Le poids est là, pour l'instant c'est le végétal qui a le dernier mot.

 

La Ligne jaune - 80 x 80 cm 2018 papiers collés sur toile de lin

 De mémoire...

Collage de papiers déchirés. Je me donne une contrainte : j'utilise ce que j'ai à portée de mains une fois encore!

Il me reste : du noir, du jaune et un rouleau de papier jauni par le temps en douceur, et tacheté par endroits.
C'est ce que j'appelle des papiers d'ateliers, je les garde précieusement afin que le lien entre mes oeuvres se fasse organiquement.

Je vais vite, besoin de libérer mon geste après "La Canopée".
Je déchire le rouleau, je colle les traverses dans un ordre bien établit.

Grand, petit, tâche , couleur.

Je reprends le tout avec le noir et le jaune, subtil contraste.

Une petite porte s'ouvre...

 

 15 novembre 2015,

Deux toiles en préparation, elles auront un fond noir.

Toujours à l'esprit cette idée d'accumulation, dégradations organique, terre brûlée, fibres.

Je me souviens alors des photos prises en forêt, du sol et tous ces éléments organiques qui en cette saison s'accumulent et se désagrègent, créant un terreau, végétal et animal, squelette d'une feuille, escargot vide, ce blanc immaculé, et cette casserole rouillée qui s'enfonce lentement dans la terre.
Il y a là, du blanc, du rouge, de la rouille, du noir et métal bleu rouillé, gisante la casserole sous cet amas de retour à la terre engloutissant de façon certaine toute forme de vie passée.

La fibre qui ira sur le tableau c'est du rafia, souple.

J'y ajoute de l'épaisseur, des graines de thé noir périmé, je sème .
La ligne entre les deux  n'est pas nette, elle ondule comme une vague.

Je fais maintenant une empreinte avec une feuille trempée dans du jaune de cadium foncé

et même chose avec un rouge cadium moyen.

J'ai laissé un lien entre les deux parties du haut et bas par une petite ligne jaune que j'ai finalement aspergée d'eau.

Elle est insignifiante mais elle vient éclairer tout le tableau.

Si ce matin j'étais satisfaite, maintenant s'en est tout autrement, frustration ...

Pourquoi je fais cela, ...pourquoi...

Avec cette envie de toujours toucher du doigt cette fragile pensée qu'est la vie éphémère.

 14 novembre 2015,

VIBRATIONS,

Cycle des Transparences... fabrication des maquettes.
Après la première étape du jeu de l'eau avec la couleur, tâches et éclatement avec le sel sur la toile.
Peu d'action, une économie d'énergie, concentrée en un moment, une économie de moyen.

Seuls les pigments vont intervenir avec le medium liquide.

Ils se déversent après une application au spalter. Il y a là de la douceur.

Je penche le tableau laissant l'eau descendre, créant ainsi des lignes de direction,

venant glisser pardessus le fond bleu ou gris.
J'intègre des lignes en vert phtalo s'appuyant sur le blanc laiteux.

Au séchage le fond gris ressort, laissant par endroit apparaître les tâches créées par le sel....

Ce vert est obsédant, jamais rassasiée, je suis.
Avec le blanc neigeux c'est intéressant.
Le bleu de Prusse dans les deux derniers a été complètement absorbé.

Après séchage, je viens en essuyage pour enlever encore ce qui est de trop.

J'apprécie de plus en plus l'art asiatique, le peintre ZAO Wou-Ki m'inspire.

La touche raffinée en économie de moyen, le respect de l'espace entre le plein et le vide.

A y voir, en regardant de multiple fois, je ne sais que choisir entre le haut , le bas et le fond, c'est bien je me perds....apaisement.

J'écoute en musique de fond: "Tristan et Iseult" de Richard Wagner.

 

9 octobre 2015,

Essai qui n'est pas concluant mais étrangement, comme un ballon libre de tout lancé dans les airs et virevoltant, l'idée est à suivre pour plus tard.

Le dessin est passé en transfert sur la toile.
C'est une femme lisant drapée dans une longue robe, elle pourrait sortir d'un roman de Gustave Flaubert.

Soyons honnête, c'est un dessin sur le drapé dans un de ces cours du soir, il a bien une dizaine d'années voir plus, je lui redonne une seconde vie.

J'essaye une approche abstraite à partir d'un élément figuratif.

La matière serpente au centre de la toile. Un jus rouge de naphtol pour commencer est appliqué, le blanc l'adoucit je travaille dans le frais toujours aussi pressé de voir les éléments se mélanger entre eux. La couleur terre de sienne naturelle est chatoyante, sur la partie basse du tableau et laisse apparaître le dessin en transparence.

La partie haute du tableau est un mélange de vert phtalo et de jaune ocre léger.

Application au spalter.

J'y intègre un dessin en triangle bleu, un papier kraft or et noir, et des souches de carnets en guise de lien.

Le personnage revis , étrange sensation.

 

26 Septembre 2015,

Poétique d'une toile,

L'expérience prouve qu'il n'y a pas forcément une "histoire" à raconter, je l'ai toujours ardemment défendu jusqu'alors.

Cette première toile est intéressante dans sa composition.Les couleurs se sont mise en place d'elles même
Je suis attirée par un noir profond.

Par ailleurs, j'ai mélangé un bleu de prusse avec un jaune de chrome.
Ce vert sera mélangé au couteau ainsi que le noir.
J'utilise un peigne de peintre pour franger et donner des petits mouvements à la pâte.
Je commence par intervenir avec ce peigne sur les bords du tableau, un côté est noir, l'autre est vert, tantôt l'un, tantôt l'autre.
Il devient plutôt vert émeraude.
Par ailleurs, j'ai fait des bordures en passant avec le peigne dans le tableau. Le mouvement est lent, comme une respiration,

un souffle de vie, unique, une petite chanson.

Je ne sens plus cette précipitation, je n'ai pas d'histoires à raconter, je peins, c'est tout.

Les bordures deviennent bandes horizontales dans un travail vertical, je tourne le tableau dans les sens qui me plaisent,

je peux travailler sous tous les angles.
Je tourne comme un tourneur autour de son argile en laissant les formes s'installer.
Maintenant elles se superposent, laissant le jaune dans la fenêtre de l'esprit, s'épanouir.
J'hésite...Vais-je rajouter le feu dans ce vert, noir et jaune ?

Je rajoute du papier, feuille d'un livre, et une bordure de carnet, à peine perceptible, car  il s'agit bien d'être un peu plus subtile.

Le rouge, vient par dessus le vert, brique, faisant asseoir le livre rouge comme un poids, un carré de savoir.
Par ci, par là, je ponce et ces petits coquillages apparaissent, fossiles blanc immaculé dans un océan vert.

Recherches:

Johannes ITTEN , Art de la couleur, forme et symbole:

"carré: matière pesanteur, frontière fixe, forte tension.La couleur rouge correspondante ici est une forme statique.

"triangle: appartient à la famille des diagonales, combatif, pensée. La couleur jaune ici est un caractère désincarné.

"cercle: détente, mouvement, perpétuel, symbole de l'esprit qui se meut dans son unité, familles des courbes. Couleur correspondante ici, le bleu transparent.

En résumé:

Le carré symbolise la matière au repos, le triangle rayonnant de tous côtés symbolise la pensée et le cercle pour finir symbolise l'esprit perpétuel.

..."La peinture abstraite (p13) :

..., la vision artistique aujourd'hui est de plus en plus nettement conditionnée par le détail...Voir un univers complet dans un grain de riz, ...pour y surprendre la vraie vie de la matière."